Coupe d'Afrique des Nations 2025: quand la victime devient coupable... 40
La réaction du tunisien Hatem Trabelsi, ancien défenseur de l’Ajax Amsterdam et de Manchester City, et consultant à beIN depuis quelques années, à l’occasion de l’arrêt du jury d’appel de la CAF, largement relayée sur les réseaux sociaux, dépasse le simple commentaire sportif. Elle révèle, en creux, les tensions narratives, les perceptions divergentes et les enjeux symboliques qui entourent aujourd’hui les succès du football marocain sur la scène africaine.
Dans sa déclaration, Hatem Trabelsi met en lumière un phénomène classique des compétitions africaines sous l’égide de la Confédération Africaine de Football : la suspicion et le discrédit. Quelle qu’en eût été l’issue, la victoire du Maroc semblait vouée à la contestation. Si Brahim Díaz avait marqué, certains y auraient vu une erreur arbitrale ; si la victoire marocaine avait été large, elle aurait été qualifiée de « mise en scène » ; intervenant sur décision réglementaire après le retrait de l’adversaire, elle devient « preuve de corruption ».
Cette grille de lecture critique ne repose pas uniquement sur des faits, mais sur une défiance structurelle envers les institutions sportives africaines et leur gouvernance. C’est le sport quotidien des Africains : rien n’est accepté sans soupçon, sans accusation de corruption. Même les élections présidentielles y échappent rarement.
La polémique révèle en fait les fractures narratives générées par toute décision, même la plus juste. Depuis une décennie, le Maroc s’est imposé comme un acteur central du football continental. Le royaume a investi massivement dans les infrastructures, la formation et la diplomatie sportive. Les résultats sont éloquents :
- Demi-finale historique à la Coupe du Monde de la FIFA 2022.
- Multiplication des titres en catégories jeunes.
- Organisation régulière de compétitions africaines.
- Attractivité croissante pour les binationaux, à l’image de Brahim Díaz et tant d’autres.
Le Maroc l’a fait pour lui-même, tout en croyant naïvement bon d’en faire profiter le continent. Le continent en voulait-il vraiment ?
Cette montée en puissance s’inscrit dans une stratégie de soft power plus large, où le sport devient un levier d’influence régionale et internationale. Mais le Maroc, nouvelle puissance du football africain, dérange. Sa réussite suscite jalousies et contestations.
Le propos de Trabelsi pointe une réalité observée : le succès appelle la contestation. Dans un espace footballistique africain historiquement marqué par des équilibres fluctuants entre Égypte, Cameroun, Nigeria et Sénégal, l’émergence d’un Maroc structuré et performant a suscité des résistances.
L’équipe nationale marocaine incarne une domination nouvelle, fondée sur le talent sportif autant que sur la rigueur organisationnelle, une transformation inscrite dans la trajectoire globale du pays. Cela alimente des discours suspicieux, surtout quand les décisions arbitrales ou administratives semblent la favoriser, à tort ou à raison.
En filigrane, la polémique renvoie à une problématique plus profonde : la crédibilité de la CAF. Les accusations récurrentes de favoritisme, de « coulisses » ou de gouvernance opaque ne visent pas seulement le Maroc, mais l’ensemble du système. C’est le narratif cultivé par un ou deux pays africains auxquels rien ne réussit. Comme l’Africain reste trop souvent voué au rôle de victime séculaire, ce discours trouve un terroir fertile pour s’imposer comme réalité.
Dans ce contexte, toute décision devient controversée, amplifiée par les réseaux sociaux, les médias et les déclarations de gouvernements, fédérations ou opportunistes en quête de visibilité. La victimisation, ressenti récurrent en Afrique, transforme le moindre incident, voire toute décision, en prisme de suspicion.
La sortie de Trabelsi ne se réduit pas à un soutien au Maroc, lui même sait que le royaume n’en a pas besoin. Elle met en évidence une bataille de récits autour du football africain contemporain : entre mérite sportif et soupçons politiques, fierté nationale et solidarités régionales.
Le Maroc, puissance montante, se retrouve au cœur de ces tensions. Comme souvent dans l’histoire du sport, la réussite se mesure non seulement en trophées, mais à la capacité d’imposer un récit légitime.
Le vrai défi pour le football africain n’est pas de désigner un vainqueur, mais de restaurer une confiance collective dans les règles du jeu. Au-delà du match, une bataille de récits est engagée, où la crédibilité des institutions est le nœud gordien.
La mauvaise foi de certains est manifeste. Dans une tentative à peine voilée de pourrir les relations entre deux peuples séculairement frères, une certaine presse gaucho-parisienne a lancé une campagne de discrédit sordide, profitant de la faiblesse du narratif national marocain, non par manque de contenu ou de pertinence, mais par sa naïveté à croire que la bonne foi l’emporte toujours. L’histoire récente prouve le contraire. Ceux qui ont longtemps embêté le Maroc pour avoir récupéré une partie de son territoire sont les mêmes qui hurlent sur leurs plateaux ou noircissent du papier, alimentant un narratif visant à nuire au royaume et à semer le doute sur tout ce qu’il entreprend.
Cela ne s’arrêtera pas ; il faudra s’y préparer, surtout après la Coupe du Monde 2026.
C’est ainsi qu’il faut interpréter les propos justes et inspirés de Trabelsi : il est temps de construire un narratif national marocain sur le territoire national, sans attendre que d’autres, depuis l’étranger, l’imposent dans la haine et le discrédit.
Aujourd’hui, le Maroc distance ses voisins les plus proches, ce qui les dérange, les rend furieux, enragés même. La vérité est qu'ils sont de profonds hypégiaphobes, redoutant leurs responsabilités devant leurs peuples.
Quant à la CAN 2025, dans deux mois, personne n’en parlera plus. Elle se résumera à une deuxième étoile, méritée, sur le jersey marocain, signe que la CAF est revenue à la raison et appliquera désormais ses propres règles.